Histoire de la Découverte

Mercredi 25 avril 2007 3 25 /04 /Avr /2007 21:55

Bon, le texte est un peu chiant, mais un peu de culture n'a jamais fait de mal à personne ! Et quand il s'agit de dénoncer un bobard de guerre je suis toujours là !

 

300px-Cannibals-23232.jpg

 

Définition du Quid 2006 : :« Les Caraïbes débarquent alors de l'Amazonie; guerriers sauvages et cannibales, ils massacrent et dévorent les hommes et réservent les femmes à leur usage »

 

Pourquoi parler d’anthropophagie alors que cette activité humaine est loin d’être attestée aux Caraïbes lors de l’arrivée des Européens ?

 

Simplement parce que Vespucci en parle dans son livre (« comiendoselos despues y llevando cautivos »), et que si son livre est lourdement inspiré par celui de Colomb, celui-ci parle aussi de cannibalisme dans le journal de bord de son premier voyage. Colomb précise : « la terreur d’être mangé les (les Indiens pacifiques) rendait muets et qu’il ne pouvait les délivrer de cette peur. Ils disaient que les canibas (nom par lequel, les Espagnols appelaient les Caribes, qui donnera « cannibales ») n’avaient qu’un œil et une face de chien. »

Colomb précise qu’il ne prit pas ces propos au sérieux.

 

Les affirmations selon lesquelles Colomb aurait fait la « promotion » du cannibalisme supposé des Caraïbes sont beaucoup plus tardives et datent de la relation que fit le fils de Colomb, de la vie de son père. Christophe est, sur le sujet, très discret.

 

La relation du voyage d’Ojeda « Viajes por la costa de Paria » parle également de l’incident relaté par Vespucci, et Ojeda n’avait nul besoin de Colomb pour raconter ses voyages, cette « tradition de cannibalisme » issu des « Viajes por la costa de Paria » est sans doute originale, non tirée du texte de Colomb, savoir si elle est circonstanciée est une autre histoire.

 

On peut donc penser qu’il y a une part de vérité dans les affirmations de Vespucci et d’Ojeda. Mais est-ce une rumeur colportée par les Indiens pacifiques, sur leurs ennemis les Arawaks ? Ou une justification du raid que fît l’expédition sur l’île de Iti (Curaçao ?), où elle fît un nombre important de captifs emmenés en esclavage. Dans son livre Vespucci affirme que c’est à la suite d’une demande d’Indiens pacifiques qu’ils sont intervenus à Iti.

 

Sans dire que les Caribes étaient des anthropophages « permanents », (Caribe est la traduction espagnole de cannibale) ils avaient peut-être des cérémonies anthropophagiques lors d’évènements particuliers de leur vie sociale, et ces séances furent généralisées par les Indiens victimes de ces exactions rares.

Les ethnologues parlent de cannibalisme rituel, mais sans en apporter aucune preuve.

La seule trace avérée de cannibalisme en Amérique est l’œuvre d’Indiens d’Amérique du Nord : l’équipe du Pr. Richard Marlar, de Université du Colorado, a trouvé les restes de sept corps dans un foyer, dont les os portent des marques de coups de couteau, et dont l’analyse biochimique a révélé des traces de myoglobine dans des excréments humains trouvés sur le site.

C’est donc la seule trace scientifique de pratiques cannibales dans toute l’histoire de l’Amérique…

 

Pourtant on possède des témoignages :

 

Jean de Clodoré (+1731), Jean Baptiste Labat (1663-1738), le Marquis de Maintenon (complice du huguenot de Sores, qui coupa les mains de 40 jésuites avant de les passer par dessus bord au large de Trinidad), ont également, mais plus tard, donné des relations d’actes de cannibalisme. Ainsi l’Olonnois, le flibustier français aurait été mangé lors de sa capture.

Des franciscains évangélisateurs auraient aussi été dévorés à Trinidad, et au Brésil…

Mais ces dires sont toujours de deuxième main, et les auteurs de ces témoignages, dans d’autres domaines, sont fortement remis en question.

 

Alors sans doute des pratiques rituelles, ou exceptionnelles existaient, de là à en faire une habitude alimentaire, il y a un monde, et pourtant à voir le texte que propose le Quid de l’année 2006 :« Les Caraïbes débarquent alors de l'Amazonie; guerriers sauvages et cannibales, ils massacrent et dévorent les hommes et réservent les femmes à leur usage » on pourrait se poser des questions…

 

L'avis des ethnologues :

 

Il faut savoir que « Caribes » est le mot qui désigne « les cannibales« , en espagnol, à cette époque, il n’a pas de signification raciale, ou de soucis de différencier deux ethnies...

L’existence de ces « caribes » est fortement remise en question, il s’agirait simplement d’une différenciation faite par les espagnols quand aux « bons » Tainos et aux mauvais « tainos »... taino, signifiant homme et c’est donc par ce nom que Colomb désigna les arawaks peuplant les îles...

 

Les caribes n’existent donc que dans les relations des découvreurs... l’archéologie ne trouve trace nulle part de leur implantation…

 

(Les infos sont tirées d’un travail de compilation de recherches archéologiques sur les Amérindiens de Frédéric Parmentier) :

 

Les Igneris (peuplade arawak) franchissent le delta de l'Orénoque et atteignent la côte nord du Venezuela où ils apprennent les techniques de navigation au contact des Méso-Indiens (sur de grandes pirogues). Suivant la « voie de pénétration trinidadienne », ils occupent peu à peu les Antilles entre 560 et 300 av. J.-C. à bord de grandes pirogues pouvant contenir jusqu‘à une centaine de personnes : on trouve leurs traces vers 560 à Saint-Martin (Hope Estate), puis en Guadeloupe (Morel I) et à Porto Rico, puis le peuplement s'intensifie au début de l'ère chrétienne.

Forts de leur supériorité culturelle, ils repoussent les Méso-Indiens ou plus généralement les assimilent : les hommes sont massacrés alors que les femmes et les enfants sont conservés. Cette pratique fréquente explique l'exceptionnelle homogénéité biologique rencontrée chez les Amérindiens.

C’est donc le peuplement que l’on trouve dans les îles... selon les découvreurs des « caribes » auraient envahi les îles quelques temps avant leur arrivée, et terrorisaient les populations, voyons ce que dit l’archéologie...

« Une hypothèse contestée : l'invasion des Caraïbes :

Parallèlement, la culture suazan troumassoïde occupe les îles au Vent entre 1200 et 1450/1500. Le mouvement entamé à la période troumassoïde s‘amplifie : la céramique de ce style figure parmi les plus frustres des Antilles (moins de céramiques décorées, surfaces rayées ou raclées, vases épais de forme simple, de grand diamètre).

S‘agit-il d‘une régression culturelle ? Cela signifie peut-être seulement que les populations attachent moins d‘importance à la céramique. Le rôle symbolique (expression des croyances et des mythologies) dévolu auparavant à la céramique se porte sans doute sur d‘autres éléments : tissus peut-être (des indices montrent le tissage du coton), décors corporels ou parures. La céramique est devenue purement utilitaire. On retrouve des platines tripodes avec des surfaces moins lissées et des décors indentés faits au doigt. Cette culture a parfois été attribuée à des groupes amérindiens nommés « Caraïbes » ou « Callinagos ».

Cette hypothèse induirait l‘arrivée de groupes guerriers nouveaux venus du Continent vers 1200, hypothèse très contestée…

Du point de vue archéologique, nous n‘avons pas d‘indice d‘apport de nouvelles populations venant de l‘extérieur ou de traces de villages détruits mais les signes d‘une continuité.

Leur culture matérielle reste inconnue. La date de leur éventuelle arrivée dans les Petites Antilles est incertaine…

Peut-être venaient-ils seulement d‘arriver dans la région quand surgirent les Espagnols ? Ce qui expliquerait la rareté de leurs occupations.

 

Cette« question caraïbe» est l‘un des enjeux majeurs de l‘archéologie amérindienne aux Antilles.

Il reste aux archéologues à fouiller des sites datant de la période du contact avec les Européens pour confirmer s‘il y a continuité dans le peuplement (on retrouverait alors des objets de la période suazoïde) ou une véritable rupture qui viendrait corroborer les récits des chroniqueurs selon lesquels des Amérindiens seraient arrivés du continent sud-américain pour remplacer les populations qui vivaient alors dans la Caraïbe.

‹ Du point de vue ethnologique, la figure du « Caraïbe » se dessine très clairement. Cannibales et Caraïbes sont synonymes. Ce sont des hommes qui font peur. Lors de son premier voyage, Christophe Colomb retranscrit ce que lui racontaient les Amérindiens des Grandes Antilles. « Il y avait des gens qui n‘avaient qu‘un Œil sur le front et d‘autres qui étaient appelés cannibales qui leur inspiraient une grande frayeur et quand ils apprirent que je me dirigeais vers cet endroit ils restèrent fortement frappés de stupeur car ces gens fortement armés les dévoraient».

 

Cependant un chroniqueur comme le Révérend Père Breton se montre méfiant (il parle de « songes et de mensonges») sur la crédibilité de la tradition orale amérindienne pour raconter de façon fiable leur histoire. Breton comprend que les Amérindiens donnent un récit mythologique de leur histoire. C‘est donc sur des aspects non scientifiques que s‘est basée la détermination ethnique des habitants de la Caraïbe.

 

Du point de vue linguistique, se pose le problème du langage des femmes et du langage des hommes qui était différent chez les Amérindiens des Petites Antilles. Les femmes parlent un langage entièrement arawak et les hommes parlent un langage dont la structure grammaticale est arawak mais dont le lexique comporte de nombreux mots caraïbes.

 

Cela ne signifie pas qu‘une population « caraïbe » aurait pris des femmes « arawaks » mais que les hommes avaient des relations (guerre, commerce) avec les populations (Kalinas) du Continent et parlaient un langage mixte (un pidgin), une langue de commerce qui permet de se comprendre entre les populations des Antilles et celles du continent.

Donc au niveau de la langue, la rupture entre Caraïbes et Arawaks n‘est pas claire du tout.

Du point de vue historique, la différenciation ethnique repose sur une définition politique et économique de ces populations : Politiquement et militairement, le Caraïbe, c‘est avant tout celui qui a résisté le plus fortement aux Espagnols dans les Antilles.

 

Il y a aussi une définition économique de l‘amérindien caraïbe : c‘est avant tout l‘amérindien que l‘on peut réduire en esclavage. Cela permet de comprendre pourquoi les Espagnols désignent telle île comme arawak ou comme caraïbe. En 1503, la reine Isabelle autorise les colons espagnols à réduire en esclavage exclusivement les Caraïbes qui sont cannibales (« anthropophage, idolâtre, infidèle et sodomite ») donc à peine humains.

 

La classification « île caraïbe /île non caraïbe » change en fonction des visées économiques des Espagnols. Ainsi la Guadeloupe, promise comme colonie en 1496 à l‘ambassadeur de Venise, et Sainte-Croix, d‘abord colonie privée donnée à Juan Ponce de Leon *, ne sont pas considérées comme « îles caraïbes » alors qu‘elles sont en plein dans la zone dite « caraïbe ». Quand ces deux projets sont abandonnés, la classification change et les deux îles sont à nouveau peuplées de Caraïbes ! Ce phénomène fut observé ailleurs dans les Antilles. Trinidad et Margarita ne sont plus classées caraïbes lorsqu‘on y découvrit respectivement de l‘or et des perles. Les Espagnols avaient besoin de garder la main d‘Œuvre indienne sur place.

Enfin, au moment de l‘invasion de Porto Rico, les Espagnols, confrontés à une très forte résistance, observèrent une migration des Taïnos vers le nord des Petites Antilles. Il serait curieux que les Taïnos se soient réfugiés chez des Caraïbes, censés être des ennemis effrayants !

Lors de l‘arrivée des Européens, l‘espace antillais amérindien se présente ainsi divisé :

A. Un grand ensemble culturel taïno issu d’une occupation arawak ancienne.

B. Des groupes amérindiens baptisés « Callinagos » (caribe, cannibale) par les conquérants.

Voilà donc tiré du remarquable travail de Parmentier des éléments pour pouvoir dire que les Espagnols accusèrent certains Arawaks de cannibalisme, en les appelant « Caribes »...

Les relations du cannibalisme des Arawaks, donc, sont tout aussi sujette à caution que la différenciation ethnique, on a retrouvé qu’une preuve de cannibalisme (qui ne soit pas rituel, ou occasionnel), et cela se passait chez des indiens d’Amérique du Nord... « l’équipe du Pr. Richard Marlar, de Université du Colorado, a trouvé les restes de sept corps dans un foyer, dont les os portent des marques de coups de couteau, et dont l’analyse biochimique a révélé des traces de myoglobine dans des excréments humains trouvés sur le site. »

Voilà pourquoi je dis que l’on ne peut pas être catégorique sur le cannibalisme des occupants des îles à l’arrivée des colons...

 

* Juan Ponce de Leon est le navigateur qui a découvert Bimini... en cherchant la Fontaine de Jouvence ! Retour au Graal, aux Templiers et à... Arsène Lupin !

 

 

Par Philemon - Publié dans : Histoire de la Découverte
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 24 avril 2007 2 24 /04 /Avr /2007 19:33

  2005-03-05132616SoJu-small.JPG

Santa Barbara, telle qu'on la trouve à Paria et à Margarita, avec en plus de ses attributs, le glaive et la coupe, symbole de l'étoile de David... que l'on retrouve dans le Da Vinci Code.

 

J'ai cherché longtemps d'où pouvait venir cette tradition de Marguerite amenée par les Croisés (plus que par les Templiers), je n'ai jamais rien trouvé de bien précis, mais voici quelques éléments…

 

Sainte Marguerite est souvent identifiée avec Marine, leurs vies sont identiques et leurs miracles... itou. Seul l'étymologie de leur nom diffère, Marguerite, vient du grec qui signifie perle, et Marine, comme sont nom l'indique vient de mer.

 

Barbara est représentée avec une Tour (symbole de son martyr), et est (une des) la patronne des marins, comme sainte Anne. Egalement patronne des artilleurs et des mineurs (dans un bateau la poudrière s'appelle la Ste Barbe).

 

On trouve à Périllos une Chapelle Ste Barbara, fêtée le lundi de Pentecôte. La statue (sans tour, mais avec une auréole) aurait été retrouvée par un paysan qui labourait.

 

Marguerite est souvent confondue avec Marthe, arrivée en Provence dans le même bateau que Marie Madeleine, toutes deux ont vaincu le dragon, mais Marguerite le piétine, alors que Marthe l'a dressé. Le dragon de Marthe (la Tarasque) a donné la ville de Tarascon, c'est là qu'elle est enterrée, à côté de Jean Cossa, grand ami du Roi René et commandeur de l'Ordre du Croissant.

 

Dans l'île de Margarita (le nom à priori n'a rien à voir avec la sainte !!!!) une statue, selon la légende trouvée à l'arrivée en 1499 des premiers colons (Un bateau nommé "la Magdalena", commandé par Juan Cossa, que l'on affirme fils, ou neveu du Cossa enterré à Tarascon), est honorée sous le nom de Vierge del Valle (fête le 8 septembre, comme beaucoup de Vierges Noires); cette statue est souvent à côté d'une autre sainte, Santa Barbara, qui en plus de sa Tour, possède comme éléments une épée et une coupe… symboles, qui mis l'un sur l'autre représentent le Sceau de Salomon.

margrit1c.jpg

 

                                             Sainte Marguerite sortant du Dragon

 

Bien sûr en 1499, l'Ordre du Temple n'existe plus, mais en Espagne beaucoup de confréries chevaleresques ont pris le relais (ne serait-ce que pour combattre les maures) et en ont gardé la philosophie, notamment l'Ordre de Calavatra, fondé par Raymond de Fitero (un cistercien) presqu'en même temps que le Temple. Raymond faisait partie d'une grande famille du Languedoc, celle-ci sera unie un peu plus tard aux Périllos. A titre d'anecdote Saint (et, oui) Raymond a été enterré au Prieuré du Mont-Sion de Tolède… Tolède, où Wolfgang von Eschenbach (l'auteur de Perceval, etc. lui-même Templier)  fait débuter la Queste du Graal…

Pour revenir aux Trois Saintes Pucelles, elles étaient connues dans le monde (pré ?) celtique sous le nom de Bethen.

 

Qui sont les Bethen ? Dans le Royaume Norique, à la première formation de l'Etat dans le domaine autrichien, les Bethen étaient respectées comme des déités nationales, maternelles et sacrées. Elles étaient les donneuses de la vie et de la santé et elles étaient aussi considérées comme protectrices des mères et des enfants.

 

Les trois chaudes Bethen : Ambeth, Wilbeth et Borbeth forment la triade/ trinité divine comme Terre-Mère, Lune et Soleil.

 

La foi et le culte autour des trois "bonnes" femmes qui vont par le pays, donnant de sages conseils et distribuant des dons, subsistèrent très longtemps dans le peuple. Mais, le culte de Beth fut "occupé" par l'Église chrétienne, et la Triade des Déesses ne survécut ensuite dans la conscience populaire que sous la forme des "trois saintes pucelles" nommées Marguerite, Barbara et Catherine :

Margaretha mit dem Wurm - Marguerite avec le Ver (dragon)

Barbara mit dem Turm - Barbara avec la Tour

Katharina mit dem Radl - Catherine avec la Roue

des san die drei heiligen Madl - Sont trois saintes Vierges.

 

L'église catholique fit de Wilbeth la Katharina chrétienne dont le nom grec signifie la pure, la claire et celle-ci tient [comme par hasard !] la Roue de la Vie, le symbole de Wilbeth dans ses mains. Et Catherine est de nouveau l'une de trois vierges saintes.

   

L'Église chrétienne imita Borbeth, enfin, Babett ou sainte Barbara qui, dans la légende religieuse, fut [soi-disant] enfermée par son père dans une tour parce qu'elle professait la religion chrétienne, [alors qu'il s'agit là d'un vieux mythe païen postdiluvien du temps où le soleil était cachée par les poussières de l'éruption volcanique de l’Islande : ce mythe nous à été pieusement conservé depuis le XIIIe siècle par nos frères Lituaniens]. C'est pourquoi, comme Barbara, Borbeth continue [– et continuera –] à vivre dans les "saintes" Trois Pucelles.

Les infos sur les Bethem sont tirées du site racine Europe.

 

Alors trois déesses "donneuses" de vie… remplacées par trois pucelles… que l'on honorre malgré tout pour tout ce qui touche à la naissance…

Encore une piste pour ceux qui pensent que les templiers (ou leurs successeurs) protégeaient une naissance/lignée cachée…

 

L'île qui disparait.

 

La Fata Morgana est un phénomène optique qui figure parmi les plus complexes qui soient. Elle résulte d'une combinaison de mirages (perturbations des rayons lumineux au passage à travers un gradient thermique dans l'atmosphère).

 

1512.m.jpg

                        Tiré du livre de Gregor Reisch, "La Margarita Philosofica".

 

C'est au Moyen Âge que ce phénomène a été rapporté pour la première fois, par des croisés qui, navigant dans la Méditerranée, affirmaient avoir aperçu de fantastiques châteaux se reflétant dans la brume près du détroit de Messine (également donc, visible dans les Caraïbes,  entre les îles Testigos et Margarita). Ils attribuèrent ce phénomène à la Fée Morgane (d'où le nom de Fata Morgana, Fée Morgane en italien), qui, d'après la légende arthurienne, avait le pouvoir d'élever des palais au-dessus des flots et d'agir sur le vent.

La christianisation a diabolisé Morgane. Elle l’a christianisée en sainte Marguerite, représentée « issue » du dragon, comme à Lucéram (Alpes Maritimes), ou avec le dragon à ses pieds.

 

Morgane cherche à protéger la Bretagne de l'influence grandissante du catholicisme, notamment de l'influence de la reine Guenièvre, de nature très pieuse. Elle voulait défendre auprès du roi Arthur les anciennes croyances, qui étaient à la base de ses pouvoirs magiques…

 

Le « Manuscrit des Paroles du Druide sans nom et sans visage » dit de Morgane/Marguerite… la Noire, la Dame de Sous la Terre. (nom de la Vierge Noire de la Cathédrale de Chartres).

 

Dans « Histoire et Géographie Mythique de la France », Henri Dontenville précise que dans le Queyras « une centaines de sorcières brûlées entre 1428 et 1447 (…) avaient comme prénom Marguerite ».

 

Rappelons le proverbe espagnol :

"Morena es la Magdalena

Y la Virgen del Pilar"

(La Madeleine est noire,

 Et, la Vierge du Pilar aussi)

 

En 1504, la reine espagnole Jeanne la Folle envoie à ses sujets de Margarita une statue, une cloche et une lettre (même légende qu'à Guadalupe), la statue existe encore, on l'appelle La Virgen del Pilar.

2004-11-12-SoJu-123-small.JPG

 

 

                       Le pilier sur lequel on trouve "La Virgen del Pilar" à Margarita...

 

Les photos des statues de Margarita sont de Sophie et Julien.

Par Philemon - Publié dans : Histoire de la Découverte
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 22 avril 2007 7 22 /04 /Avr /2007 18:55

 

 

Margarita, une île vraiment mystérieuse...

 

Le circuit choisi par les Créd'Agventuriers ne passait pas par Margarita, mais l'archipel fait partie de l'Oriente vénézuélien, et la terre de Paria fut colonisée par les premiers espagnols de Margarita.

 

Et cette île est tellement mystérieuse...

 

Colomb baptisera l’île Margarita, parce qu’il fût inspiré par Dieu, c’est la seule explication officielle (et historique) que l’on possède sur les motifs de Christophe. Cette réponse ne satisfaisant pas grand monde (Margarita veut dire "perle", comme Colomb ne s'est pas arrêté, il ne pouvait pas savoir qu'il y avait des perles…), on a imaginé les raisons de ce nom de baptême, voici listé plus bas les plus courantes :

 

Las Casas et les Fils de Colomb affirment que c’est à cause des perles qu’on y trouve… mais ce motif est donné lors de ce que l’on appelle les « plaintes colombiennes », interminable procès, qui eut lieu après la mort de l’Amiral. Comme ce procès était mené pour prouver l’antériorité des découvertes, et surtout le bénéfice qu’on pouvait y trouver, cette réponse est intéressée… au moins pour les fils de Colomb. Quant à Las Casas, inquisiteur rigoriste et ardent admirateur de l’Amiral, on peut penser que c’est « l’hérétisme » des autres découvreurs qui lui fait prendre cette position.



1508sal-small.jpg

Cette carte de Johan Ruysch (1507) donne le nom de "Tamaraca" à Margarita,

avant même le baptème officiel de l'Amérique...

voir la carte en résolution optimum : http://www.islandmargarita.com/documents/1508sal.jpg

 

Lors du deuxième voyage de Colomb, il y avait un passager nommé Pedro Marguerit, catalan qui était chargé des hommes d’armes accompagnant l’escadre. Il sera l’un des premiers à revenir en Europe, et certains historiens catalans affirment que lors de son retour, il baptisera l’île de son nom. On connaît l’itinéraire retour de Marguerit, il ne passe pas à proximité de Margarita. Dans le livre, j’ai imaginé que c’était une désertion, on a prétendu que Marguerit était rentré en Europe à cause de la syphilis qu’il avait contractée auprès des populations locales…

 

A Margarita, et généralement dans les livres, n’ayant pas une vocation historique, on prétend que le nom fut donné en l’honneur de Margarita de Habsbourg, fille de Maximilien et tutrice de Charles Quint… Margarita avait été mariée à l’Infant d’Espagne, Don Juan qui était mort alors qu’elle se rendait à la noce. Mais cela se passait en 1494, et l’île est officiellement découverte par Colomb en 1498…

Si comme l’affirment certains, Colomb avait découvert l’île lors de son deuxième voyage (le professeur Manzano), on peut admettre comme possible cette théorie, mais comme à priori, Colomb découvre l’île en 1498, cela paraît tardif pour honorer une princesse flamande…

On lit parfois que cette « princesse autrichienne » aurait été la fiancée secrète de Colomb, c’est totalement inimaginable, Margarita de Habsbourg a été l’épouse du Dauphin de France, puis de l’héritier d’Espagne et pour finir du Prince de Savoie… et elle a dirigé les États Bourguignons du Nord, en lieu et place de son neveu, Charles Quint, dont elle fut la tutrice. Elle fut l’inspiratrice de la Cathédrale d’Auch, lieu magique, occulte et mystérieux, s’il en est… on l’imagine mal avec un roturier ! Certains pensent que ce fût elle, la responsable des idées réformistes de Charles-Quint… vite sacrifiées sur l’autel de la real politique !

 

Selon d’autres encore (Fernandez y Gonzalez), l’Amiral serait né des amours clandestines du Prince de Viana, demi-frère de Ferdinand le Catholique, prisonnier au château de Santueri et d’une belle locale, nommée Margarita ou selon d’autres sources, Margalida… Colomb aurait donc appelée l’île en souvenir de sa mère mallorquine. Cette tradition est défendue (mal) par ceux qui veulent prouver que Colomb était aragonais.

 

- Personnellement, je pense que Margarita a reçu le nom qu'elle avait "avant", lors de l'occupation templière. Pour des raisons religieuses, bien sûr (elle est honorée par les marins) et pour le symbolisme de ses attributs (elle sort du dragon (cf le Détroit entre Trinidad et le continent) et elle a la perle comme attribut). De plus, mais on fera un article plus précis, l'île présente la particularité d'être visible certains jours de l'Archipel des Testigos (baptisé aussi par Colomb) et d'autres, invisible. On appelle ce phénomène au Moyen Age, "Morgane", du nom de la fée arthurienne qui avait la particularité de pouvoir disparaître. Ce prodige fût ramené par les Templiers lors du retour des croisades. On observe pareil phénomène dans le détroit de Messine.


VESPUCCI.JPG

Comment a fait Vespucci pour tracer une carte avec représentées des terres pas encore découvertes ?

 

Morgane, divinité païenne fut "christianisée" par les moines en… Margarita !

Bientôt, l'histoire de Vespucci...

Par Philemon - Publié dans : Histoire de la Découverte
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Jeudi 19 avril 2007 4 19 /04 /Avr /2007 18:18

 

102-0450.JPG

La chapelle de Boca de Uquire dédiée à la Virgen del Valle

La dévotion pour la Purissima touche tout l'Oriente Venezuelien et l'Ile de Margarita, d'où la statue est originaire, mais avant... d'où venait-elle ?

 

Un des premiers lieux de culte marial en Amérique du Sud fut « El Valle de Margarita », où on honore «La Purissima », la Virgen del Valle.

Les spécialistes affirment que « le premier lieu de culte marial est établi dans le Nouveau Monde dans la cité de Higuey, en 1514 »…

Pourquoi tant d’hésitations, les relations que firent les Espagnols des faits et actes qui se déroulèrent depuis le premier jour de l’occupation sont nombreux, précis et circonstanciés. Alors pourquoi hésite-t-on pour déterminer les premières manifestations en l’honneur de la Vierge ?

Un historien affirme « qu’en 1508, on trouve des manifestations de dévotion à la Vierge… » (Rafaël Maria Febres-Cordero El sanctuario del Valle de Margarita primado del continente), pourquoi est-il remis en cause, surtout qu’il n’y a pas de raisons objectives de réfuter son affirmation, on trouve effectivement des actes de dévotion… (archives documentaires de Margarita)

La raison en est simple : on a pas de traces d’entrée de la statue de la Vierge honorée à Margarita ! Et avec l’Inquisition de l’époque, tout sauf des décontractés, si une statue était entrée à Margarita on l’aurait su. La lecture des procès-verbaux de transport et de débarquement des navires ne laisse aucun doute sur ce fait, on savait tout sur ce qu’il y avait dans les colonies d’Amérique … qui croire ? Febres-Cordero ou l’Inquisition ?

Mais encore une fois, les textes sont formels, il y avait des actes de dévotion à la Virgen del Valle dès les premiers temps de la colonie. Cette Vierge de Margarita est devenue miraculeuse, et elle est encore fêtée de nos jours, mais et c’est le cas de toutes les statues miraculeuses du monde, il faut bien lui trouver une origine…

Comme elle n’est pas entrée directement à Margarita, on a supposé qu’elle venait d’une autre colonie américaine, et que son entrée n’aurait pas été contrôlée par l’Inquisition… peu probable, encore une fois au vu des livres de contrôles, surtout que les tenants de cette version ne peuvent proposer comme date d’entrée que 1541, date de la destruction de la ville de Nueva Cadix, par un tremblement de terre, et qui a amené nombre de ses habitants à Margarita…

Pourquoi des « actes de dévotion » dès 1508…

Et surtout pourquoi une Vierge venant d’une ville détruite par un séisme deviendrait miraculeuse…

Toutes les statues qui sont devenues miraculeuses le sont devenues après un incident, un fait que les populations jugent merveilleux, cela semble de bon sens ! Cet incident fait souvent partie du mythe entourant la statue.

Une légende existe pourtant à Margarita qui permet de mettre en accord ces deux thèses  :un Indien Guaïquiri a trouvé une statue dans une grotte, la Cuava del Piache, et cette icône, retrouvée miraculeusement est devenue l’objet de dévotion des habitants.

Soit c’est un miracle, soit quelqu’un la mise Cueva del Piache avant que les colons n’arrivent en 1500… et alors, il faut bien admettre que Margarita avait été occupée !

Il est quand même étonnant que l’Église accepte plusieurs miracles de la Virgen del Valle (pluie miraculeuse, phénomène optique en 1948…) et refuse d’admettre que cette statue se soit déplacée miraculeusement, d’un point de vue profane, il est vrai, cela ne paraît pas beaucoup plus difficile.

 

Mais que des chrétiens l'avaient laissée avant Christophe Colomb...

 

 

 

-3408134.jpg

 

Boca de Uquire au crépuscule

Par Philemon - Publié dans : Histoire de la Découverte
Voir les 0 commentaires
Mercredi 18 avril 2007 3 18 /04 /Avr /2007 06:32
 

livre-mahieu-templiers-amerique.jpg

Un des livres du Professeur Lemahieu qui prétend (ainsi que d'autres auteurs) que les Templiers connaissaient l'Amérique.

 

brenac-II-1G.jpg

 

Christophe Colomb est soupçonné de beaucoup de choses, on a remis en question sa nationalité, sa ville de naissance, son lieu d’inhumation, ses motivations, ses véritables patrons… on en finirait pas de faire le tour de toutes les interrogations que laissa pendantes à la postérité le Grand Amiral de la Mer Océane…

 

Le court texte qui suit ne s'occupe pas des incertitudes concernant Colomb : la légende du Marin anonyme, son éventuelle judaïcité, ses relations ambiguës avec les Portugais… mais sur des faits confirmés, peu dignes de suspicion mais que la grande Histoire n’arrive pas à expliquer. Ce sont d’ailleurs ces hésitations des historiens qui ont donné à certains l’opportunité de proposer d’autres solutions…

 

Lors de son troisième voyage en 1498, Colomb avant d’arriver en vue des terres dit qu’il va appeler la prochaine île rencontrée, «Trinidad», jusque-là peu de problèmes, l’Amiral est complètement imprégné par la religion, et ce n’est pas la première fois qu’il donne un nom chrétien à une île du Nouveau Monde, par contre c’est la première fois qu’il l’annonce (confirmé par Las Casas et le procès de Séville), et surtout que les hommes d’équipage disent aussi que l’Amiral appelle ainsi la terre découverte à cause des trois collines qu’on aperçoit. « Très mogotes y très montanas… estas son sus palabras » dit Las Casas dans la relation de ce troisième voyage.

 

 

t3m-forum08-rosslyn-to-arcadia.jpg

 

Le fameux voyage de Roslyn à Arcadia... Roslyn, où les héros du Da Vinvi Code 'trouvent" le trésor...

 

Qu’il veuille l’appeler Trinidad, pourquoi pas, mais comment pouvait-il connaître la géographie de l’île ? Las Casas affirme bien que ce fût « un grand miracle (gran milagro) », on est en droit de se poser des questions…

 

Morison, un des plus grands colombistes qui soit, sur le tracé du troisième voyage indique  :« Limite de vue des collines de Trinidad », pour expliquer que c’est à ce moment-là de son voyage que Colomb « pourrait » voir la terre, or il l’a annoncé bien avant… on l’a dit dans le livre son comportement ensuite est incohérent, il tourne dans le golfe de la Baleine, décrit le Paradis Terrestre (« Grandes indicios son estos paraiso Terrenal », ce sont les mots de Colomb), s'arrête à Machuro (c'est l'endroit supposé de l'accostage, on ne sait pas exactement où il s'est arrété) sort de la petite mer par le Détroit du Dragon, part plein est vers Asencion, à peine en vue des côtes fait demi-tour, retourne vers l’ouest, puis vers le sud-ouest, atteint de nouveau la terre, s’arrête, questionne des Indigènes, quand il semble avoir eu l’indication qu’il cherche (on se demande ce que cela peut-être, c’est historiquement la première fois que des Européens viennent dans le coin…), il repart plein ouest, double Margarita, ne s’y arrête pas mais lui donne un nom… et ce n’est pas un nom neutre, puisque Margarita signifie « perle », et que justement l’archipel (avec les îlots de Cubagua et de Coche) est richement pourvu en perles…

 

Et ce baptême a posé problème, on a bien sûr pensé que Christophe avait voulu garder pour lui cette information… mais il y avait 100 personnes avec lui, et ces gens furent interrogés par le Procureur du Roi lors de l’interminable procès des plaintes colombiennes… dans aucune déposition ne ressort un élément qui puisse laisser penser que Colomb aurait pu être informé de la présence de perles à ce moment de la traversée. De plus, trouver des perles, pour Colomb aurait sans doute été un avantage, puisque ses deux premières expéditions ont été loin de rapporter autant qu’il l’avait annoncé avant son départ. Revenir en Espagne, en disant, « j’ai trouvé un richissime gisement de perles, d’ailleurs j’ai appelé l’île, Margarita » n’aurait absolument pas dérangé l’Amiral, bien au contraire ! Si Colomb affirme ne pas savoir qu’il y avait des perles, c’est qu’il ne le savait effectivement pas. (Peralonso Nino à son retour de Margarita apportera les perles qu’il y a trouvé, à Hernando de Vega, Senor de Gragal, futur Commandeur de Castille de l’Ordre de Santiago…)

 

 

Map-dela-Cosa-1500.jpg

 

Carte Mappa Mundi de Juan de la Cosa - Elle décrit des terres pas encore découvertes

Juan de la Cosa accompagnait Colomb lors du voyage à Paria.

 

On a l’impression que l’Amiral avait en arrivant dans la région des informations sur les îles qu’on y trouvait, mais pas sur ce que l’on trouvait dans ces îles… les collines de Trinidad, la forme et le nom de Margarita… l’Histoire accepte par deux fois l’inspiration divine de Christophe, et ne va pas chercher plus loin.

 

Le professeur Manzano, qui n’est pas un « chercheur occulte » a bien essayé d’expliquer qu’au cours de son deuxième voyage (en 1494), Colomb avait pu faire une incursion « secrète » dans les Île sous le Vent, et ainsi connaître la géographie locale… cela a le mérite d’être clair et explique surtout le comportement de Colomb, mais sur le plan chronologique, Manzano se heurte à l’hostilité de ses confrères qui lui disent :

 

         – « D’accord Professeur, mais quand pendant son deuxième voyage ? ».

Il y avait plus de mille personnes lors de cette expédition, et on connaît le programme de Colomb au jour le jour… Mais l’interrogation de Manzano est significative des incertitudes des historiens…

 

« Fué gran milagro (pour Trinidad), inspirado per Dios (pour Margarita) », ce sont les réponses de Colomb ! On l’a dit c’est un mystique, il se croit investi d’une mission divine… mais les autres… qu’au seizième siècle on admette comme envisageable cette solution, passe encore, mais actuellement, qui peut prendre comme argent comptant cet « inspirado per dios » ? L’Église n’a d’ailleurs pas confirmé le « milagro », et Christophe, malgré quelques velléités d’aficionados n’a pas encore été sanctifié !

 

Il est à peu près acquis maintenant que Colomb ne fut pas le premier européen à poser le pied en « Amérique », et il est probable, pour ne dire plus que les Templiers ont fréquenté les rives de ce continent… les liens entre les successeurs effectifs des chevaliers du Temple (Ordre de Santiago, d’Aviz, de Calavatra…) et les premiers découvreurs de l’Amérique sont patents, évidents. Si des documents, ou une tradition sur une route existent, venant des Templiers qui faisaient le trafic trans-océanique, il ne peut s’agir que d’indications physiques (collines, rivières…), et reconnaissons alors que Colomb nous donne raison.

 

102-0456.JPG

 

Avec les Créd'Agventuriers à l'approche de la Boca del Dragon, sur les traces de Colomb.

 

Sur les conseils d’un Catalan, Jaime Ferrer, Colomb décide de partir pour son troisième voyage par une route beaucoup plus au sud, c’est en suivant les alizés vers 9° de latitude Nord, que croit-il, et Jaime Ferrer aussi, il arrivera au Paradis Terrestre. Ce n’est pas une vue d’esprit de Colomb ce Paradis, il y croyait fermement, on l’a dit.

Quoiqu’il en soit, pourquoi partir trois cents léguas plus au sud au départ d’Europe, sinon pour arriver à un endroit déjà identifié. Pourquoi ne pas partir de la Terre Ferme que Colomb croit avoir découvert (Cuba) ou des îles que l’on a déjà colonisées (Hispaniola, Isabella…) et descendre de trois cents léguas pour arriver au point où l’on croit trouver le Paradis. Cette attitude est déconcertante et ne répond à aucune logique si l’on part réellement à l’aventure. Mais si l’on croit que pour trouver le Paradis, il faut d’abord arriver à une île sur laquelle se dressent trois collines, et que pour trouver cette île il faille partir 300 léguas plus au sud que d’habitude… et ensuite, suivre une route plein ouest pendant vingt-cinq jours, il est normal que Colomb veuille atteindre cette île par « l’Europe ».

 

Cette impression semble confirmée par le fait que Colomb après avoir suivi cette route s’inquiète, en effet à la fin juillet il n’a encore rien trouvé, ni terre, ni île… le 30 juillet, alors qu’il est à quelques encablures de l’Amérique du Sud, mais qu’il n’en voit toujours pas les côtes, il prend une route plein nord, il vire de 90° par rapport à sa route initiale ! Sur ce changement de direction, les avis sont partagés  :le pilote du bateau, Herman Mateos affirmera que c’est une tempête qui a détourné l’expédition, pour Fernando Colomb, le fils de l’Amiral, c’est à cause de la chaleur…

 

Pense-t-il être descendu trop bas ?

 

Il ne répond pas à la question, mais après avoir changé de direction, le trente et un juillet il aperçoit les collines de Trinidad et met le cap sur l’île. Il cabote le long de la côte sud, il n’aborde pas et au détroit du Serpent, alors qu’il a l’Amérique du Sud à portée de main et qu’il peut la voir, il continue plein nord ! Et il baptise le nouveau continent (il est sur la péninsule de Paria) : Île de Gracia !

On ne possède pas le livre de bord de Colomb, il aurait disparu… seules deux personnes semblent en avoir pris connaissance : son fils et Las Casas, on ne peut donc savoir avec certitude pourquoi Colomb remonte, contre toute logique, au nord. Mais on peut imaginer que les conseils de Ferrer étaient de prendre une route plus au sud, et après trente jours de mer, il arriverait en vue de l’île de Trinidad. Ferrer, comme Colomb croyait la Terre beaucoup plus petite qu’en réalité, est-ce cette erreur de calcul qui fait que Colomb attend avec impatience une île avec trois collines ? Tout porte à le croire, puisque ce sont les propres marins de l’expédition qui renseignent Las Casas, lors du procès, sur le fait que Colomb savait qu’il allait trouver cette île. Sans doute pour rassurer l’équipage (tous des proches, encore selon Las Casas), Colomb en a parlé :

 

Dans quelques jours nous devrions arriver à une île dont nous apercevrons les trois collines…

 

Ne voyant rien venir, à cause d’un voyage plus long que prévu, il décide de remonter vers le nord, et après une journée de navigation il arrive en vue des collines de Trinidad…

 

            – Je vous l’avais dit ! Une île avec trois collines !

Nous ne revenons pas sur son cabotage dans les eaux du golfe de la Baleine, notons simplement qu’à peine sorti du détroit du Serpent, il prend plein nord, comme s’il avait hâte de rentrer à Hispaniola. Il restera quinze jours dans cette zone, longeant les côtes, et interrogeant les Indiens sur la provenance des perles qu’ils possèdent. Ces derniers le renseignent, il sort du golfe de la Baleine, par le Dragon, et part plein est, comme s’il rentrait en Europe ! Alors, on se dit que les Indiens lui on dit qu’il allait trouver des perles sur cette île au N-E de Trinidad, et qu’il va vérifier. En vue (5 miles) des côtes d’Asencion (actuellement Tobago) il fait demi-tour et retourne vers l’ouest !

Il n’y a qu’une explication : l’île ne correspond pas à la description qu’il possède, inutile donc de s’y arrêter !

Il retourne à terre (?), interroge de nouveau les Indiens et repart, il prétexte une grande fatigue (!) et un manque probable de vent (!!) pour ne plus s’arrêter nulle part, ne baptisant les îles croisées que de son bateau… los Testigos, los Guardias et Margarita !

Les Témoins, les Gardiens, Île aux Perles… les biens nommés…

 

insula-inventis.gif

 

La couverture d'Insula Inventis, première relation de Colomb après son voyage de 1492, la référence au Temple est manifeste.

 

Comment Christophe a-t-il pu être si précis sans avoir d’informations ?

 

Je répète, Colomb devait vraiment ignorer qu’il y avait des perles à Margarita, sans doute imaginait-il qu’il y en avait dans le golfe, mais à Margarita précisément, non.

Je pense que, comme Trinidad, Margarita s’appelait déjà Margarita, et que Colomb quand il a eu l’information par Ferrer a également appris le nom de l’île dont on lui parlait, et sa mission, au troisième voyage n’était pas de visiter l’île, mais de la situer précisément pour d’autres…

D’ailleurs, quand il arrive à Hispaniola, c’est la révolte, Roldan, que Colomb avait nommé Alcade a pris le pouvoir, et devant le mécontentement des espagnols, accuse les Colomb de tous les maux. Christophe et ses frères seront mis aux arrêts, lui ne rentrera en Espagne que bien plus tard, en 1500, mais il a eu le temps de faire parvenir une lettre (« la carta secreta », dans le jargon des "colombistes") aux Rois Catholiques, avec la route qui mène à Trinidad, au Paradis Terrestre et à Margarita… cette carte (la« pintura », dans le même jargon) devait rester secrète  :moins de six mois après Ojeda, Cossa et Vespucci s’embarqueront pour Margarita… Nino et Guerra les suivront quelques jours plus tard…

On objectera que Colomb, quand il décrit Margarita ne signale pas que l’île est formée de deux îlots reliés par un bras de sable, que ce n’est donc pas le relief de l’île qui l’a renseigné… c’est à mon avis un point supplémentaire pour affirmer que Colomb avait reconnu l’île, il est en effet impossible, quand on prend la route prise par l’escadre de ne pas s’apercevoir de la forme exacte de l’île  :deux îlots montagneux, reliés par un bras de terre où l’on trouve deux collines :« Las Tetas de Maria Guevara ».

 

A suivre : Le nom de Margarita

 

Par Philemon - Publié dans : Histoire de la Découverte
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Images Aléatoires

  • Venezuela-2007--212-.JPG

Catégories

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recommander

Recherche

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus