Mercredi 25 avril 2007 3 25 /04 /Avr /2007 21:55

Bon, le texte est un peu chiant, mais un peu de culture n'a jamais fait de mal à personne ! Et quand il s'agit de dénoncer un bobard de guerre je suis toujours là !

 

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Définition du Quid 2006 : :« Les Caraïbes débarquent alors de l'Amazonie; guerriers sauvages et cannibales, ils massacrent et dévorent les hommes et réservent les femmes à leur usage »

 

Pourquoi parler d’anthropophagie alors que cette activité humaine est loin d’être attestée aux Caraïbes lors de l’arrivée des Européens ?

 

Simplement parce que Vespucci en parle dans son livre (« comiendoselos despues y llevando cautivos »), et que si son livre est lourdement inspiré par celui de Colomb, celui-ci parle aussi de cannibalisme dans le journal de bord de son premier voyage. Colomb précise : « la terreur d’être mangé les (les Indiens pacifiques) rendait muets et qu’il ne pouvait les délivrer de cette peur. Ils disaient que les canibas (nom par lequel, les Espagnols appelaient les Caribes, qui donnera « cannibales ») n’avaient qu’un œil et une face de chien. »

Colomb précise qu’il ne prit pas ces propos au sérieux.

 

Les affirmations selon lesquelles Colomb aurait fait la « promotion » du cannibalisme supposé des Caraïbes sont beaucoup plus tardives et datent de la relation que fit le fils de Colomb, de la vie de son père. Christophe est, sur le sujet, très discret.

 

La relation du voyage d’Ojeda « Viajes por la costa de Paria » parle également de l’incident relaté par Vespucci, et Ojeda n’avait nul besoin de Colomb pour raconter ses voyages, cette « tradition de cannibalisme » issu des « Viajes por la costa de Paria » est sans doute originale, non tirée du texte de Colomb, savoir si elle est circonstanciée est une autre histoire.

 

On peut donc penser qu’il y a une part de vérité dans les affirmations de Vespucci et d’Ojeda. Mais est-ce une rumeur colportée par les Indiens pacifiques, sur leurs ennemis les Arawaks ? Ou une justification du raid que fît l’expédition sur l’île de Iti (Curaçao ?), où elle fît un nombre important de captifs emmenés en esclavage. Dans son livre Vespucci affirme que c’est à la suite d’une demande d’Indiens pacifiques qu’ils sont intervenus à Iti.

 

Sans dire que les Caribes étaient des anthropophages « permanents », (Caribe est la traduction espagnole de cannibale) ils avaient peut-être des cérémonies anthropophagiques lors d’évènements particuliers de leur vie sociale, et ces séances furent généralisées par les Indiens victimes de ces exactions rares.

Les ethnologues parlent de cannibalisme rituel, mais sans en apporter aucune preuve.

La seule trace avérée de cannibalisme en Amérique est l’œuvre d’Indiens d’Amérique du Nord : l’équipe du Pr. Richard Marlar, de Université du Colorado, a trouvé les restes de sept corps dans un foyer, dont les os portent des marques de coups de couteau, et dont l’analyse biochimique a révélé des traces de myoglobine dans des excréments humains trouvés sur le site.

C’est donc la seule trace scientifique de pratiques cannibales dans toute l’histoire de l’Amérique…

 

Pourtant on possède des témoignages :

 

Jean de Clodoré (+1731), Jean Baptiste Labat (1663-1738), le Marquis de Maintenon (complice du huguenot de Sores, qui coupa les mains de 40 jésuites avant de les passer par dessus bord au large de Trinidad), ont également, mais plus tard, donné des relations d’actes de cannibalisme. Ainsi l’Olonnois, le flibustier français aurait été mangé lors de sa capture.

Des franciscains évangélisateurs auraient aussi été dévorés à Trinidad, et au Brésil…

Mais ces dires sont toujours de deuxième main, et les auteurs de ces témoignages, dans d’autres domaines, sont fortement remis en question.

 

Alors sans doute des pratiques rituelles, ou exceptionnelles existaient, de là à en faire une habitude alimentaire, il y a un monde, et pourtant à voir le texte que propose le Quid de l’année 2006 :« Les Caraïbes débarquent alors de l'Amazonie; guerriers sauvages et cannibales, ils massacrent et dévorent les hommes et réservent les femmes à leur usage » on pourrait se poser des questions…

 

L'avis des ethnologues :

 

Il faut savoir que « Caribes » est le mot qui désigne « les cannibales« , en espagnol, à cette époque, il n’a pas de signification raciale, ou de soucis de différencier deux ethnies...

L’existence de ces « caribes » est fortement remise en question, il s’agirait simplement d’une différenciation faite par les espagnols quand aux « bons » Tainos et aux mauvais « tainos »... taino, signifiant homme et c’est donc par ce nom que Colomb désigna les arawaks peuplant les îles...

 

Les caribes n’existent donc que dans les relations des découvreurs... l’archéologie ne trouve trace nulle part de leur implantation…

 

(Les infos sont tirées d’un travail de compilation de recherches archéologiques sur les Amérindiens de Frédéric Parmentier) :

 

Les Igneris (peuplade arawak) franchissent le delta de l'Orénoque et atteignent la côte nord du Venezuela où ils apprennent les techniques de navigation au contact des Méso-Indiens (sur de grandes pirogues). Suivant la « voie de pénétration trinidadienne », ils occupent peu à peu les Antilles entre 560 et 300 av. J.-C. à bord de grandes pirogues pouvant contenir jusqu‘à une centaine de personnes : on trouve leurs traces vers 560 à Saint-Martin (Hope Estate), puis en Guadeloupe (Morel I) et à Porto Rico, puis le peuplement s'intensifie au début de l'ère chrétienne.

Forts de leur supériorité culturelle, ils repoussent les Méso-Indiens ou plus généralement les assimilent : les hommes sont massacrés alors que les femmes et les enfants sont conservés. Cette pratique fréquente explique l'exceptionnelle homogénéité biologique rencontrée chez les Amérindiens.

C’est donc le peuplement que l’on trouve dans les îles... selon les découvreurs des « caribes » auraient envahi les îles quelques temps avant leur arrivée, et terrorisaient les populations, voyons ce que dit l’archéologie...

« Une hypothèse contestée : l'invasion des Caraïbes :

Parallèlement, la culture suazan troumassoïde occupe les îles au Vent entre 1200 et 1450/1500. Le mouvement entamé à la période troumassoïde s‘amplifie : la céramique de ce style figure parmi les plus frustres des Antilles (moins de céramiques décorées, surfaces rayées ou raclées, vases épais de forme simple, de grand diamètre).

S‘agit-il d‘une régression culturelle ? Cela signifie peut-être seulement que les populations attachent moins d‘importance à la céramique. Le rôle symbolique (expression des croyances et des mythologies) dévolu auparavant à la céramique se porte sans doute sur d‘autres éléments : tissus peut-être (des indices montrent le tissage du coton), décors corporels ou parures. La céramique est devenue purement utilitaire. On retrouve des platines tripodes avec des surfaces moins lissées et des décors indentés faits au doigt. Cette culture a parfois été attribuée à des groupes amérindiens nommés « Caraïbes » ou « Callinagos ».

Cette hypothèse induirait l‘arrivée de groupes guerriers nouveaux venus du Continent vers 1200, hypothèse très contestée…

Du point de vue archéologique, nous n‘avons pas d‘indice d‘apport de nouvelles populations venant de l‘extérieur ou de traces de villages détruits mais les signes d‘une continuité.

Leur culture matérielle reste inconnue. La date de leur éventuelle arrivée dans les Petites Antilles est incertaine…

Peut-être venaient-ils seulement d‘arriver dans la région quand surgirent les Espagnols ? Ce qui expliquerait la rareté de leurs occupations.

 

Cette« question caraïbe» est l‘un des enjeux majeurs de l‘archéologie amérindienne aux Antilles.

Il reste aux archéologues à fouiller des sites datant de la période du contact avec les Européens pour confirmer s‘il y a continuité dans le peuplement (on retrouverait alors des objets de la période suazoïde) ou une véritable rupture qui viendrait corroborer les récits des chroniqueurs selon lesquels des Amérindiens seraient arrivés du continent sud-américain pour remplacer les populations qui vivaient alors dans la Caraïbe.

‹ Du point de vue ethnologique, la figure du « Caraïbe » se dessine très clairement. Cannibales et Caraïbes sont synonymes. Ce sont des hommes qui font peur. Lors de son premier voyage, Christophe Colomb retranscrit ce que lui racontaient les Amérindiens des Grandes Antilles. « Il y avait des gens qui n‘avaient qu‘un Œil sur le front et d‘autres qui étaient appelés cannibales qui leur inspiraient une grande frayeur et quand ils apprirent que je me dirigeais vers cet endroit ils restèrent fortement frappés de stupeur car ces gens fortement armés les dévoraient».

 

Cependant un chroniqueur comme le Révérend Père Breton se montre méfiant (il parle de « songes et de mensonges») sur la crédibilité de la tradition orale amérindienne pour raconter de façon fiable leur histoire. Breton comprend que les Amérindiens donnent un récit mythologique de leur histoire. C‘est donc sur des aspects non scientifiques que s‘est basée la détermination ethnique des habitants de la Caraïbe.

 

Du point de vue linguistique, se pose le problème du langage des femmes et du langage des hommes qui était différent chez les Amérindiens des Petites Antilles. Les femmes parlent un langage entièrement arawak et les hommes parlent un langage dont la structure grammaticale est arawak mais dont le lexique comporte de nombreux mots caraïbes.

 

Cela ne signifie pas qu‘une population « caraïbe » aurait pris des femmes « arawaks » mais que les hommes avaient des relations (guerre, commerce) avec les populations (Kalinas) du Continent et parlaient un langage mixte (un pidgin), une langue de commerce qui permet de se comprendre entre les populations des Antilles et celles du continent.

Donc au niveau de la langue, la rupture entre Caraïbes et Arawaks n‘est pas claire du tout.

Du point de vue historique, la différenciation ethnique repose sur une définition politique et économique de ces populations : Politiquement et militairement, le Caraïbe, c‘est avant tout celui qui a résisté le plus fortement aux Espagnols dans les Antilles.

 

Il y a aussi une définition économique de l‘amérindien caraïbe : c‘est avant tout l‘amérindien que l‘on peut réduire en esclavage. Cela permet de comprendre pourquoi les Espagnols désignent telle île comme arawak ou comme caraïbe. En 1503, la reine Isabelle autorise les colons espagnols à réduire en esclavage exclusivement les Caraïbes qui sont cannibales (« anthropophage, idolâtre, infidèle et sodomite ») donc à peine humains.

 

La classification « île caraïbe /île non caraïbe » change en fonction des visées économiques des Espagnols. Ainsi la Guadeloupe, promise comme colonie en 1496 à l‘ambassadeur de Venise, et Sainte-Croix, d‘abord colonie privée donnée à Juan Ponce de Leon *, ne sont pas considérées comme « îles caraïbes » alors qu‘elles sont en plein dans la zone dite « caraïbe ». Quand ces deux projets sont abandonnés, la classification change et les deux îles sont à nouveau peuplées de Caraïbes ! Ce phénomène fut observé ailleurs dans les Antilles. Trinidad et Margarita ne sont plus classées caraïbes lorsqu‘on y découvrit respectivement de l‘or et des perles. Les Espagnols avaient besoin de garder la main d‘Œuvre indienne sur place.

Enfin, au moment de l‘invasion de Porto Rico, les Espagnols, confrontés à une très forte résistance, observèrent une migration des Taïnos vers le nord des Petites Antilles. Il serait curieux que les Taïnos se soient réfugiés chez des Caraïbes, censés être des ennemis effrayants !

Lors de l‘arrivée des Européens, l‘espace antillais amérindien se présente ainsi divisé :

A. Un grand ensemble culturel taïno issu d’une occupation arawak ancienne.

B. Des groupes amérindiens baptisés « Callinagos » (caribe, cannibale) par les conquérants.

Voilà donc tiré du remarquable travail de Parmentier des éléments pour pouvoir dire que les Espagnols accusèrent certains Arawaks de cannibalisme, en les appelant « Caribes »...

Les relations du cannibalisme des Arawaks, donc, sont tout aussi sujette à caution que la différenciation ethnique, on a retrouvé qu’une preuve de cannibalisme (qui ne soit pas rituel, ou occasionnel), et cela se passait chez des indiens d’Amérique du Nord... « l’équipe du Pr. Richard Marlar, de Université du Colorado, a trouvé les restes de sept corps dans un foyer, dont les os portent des marques de coups de couteau, et dont l’analyse biochimique a révélé des traces de myoglobine dans des excréments humains trouvés sur le site. »

Voilà pourquoi je dis que l’on ne peut pas être catégorique sur le cannibalisme des occupants des îles à l’arrivée des colons...

 

* Juan Ponce de Leon est le navigateur qui a découvert Bimini... en cherchant la Fontaine de Jouvence ! Retour au Graal, aux Templiers et à... Arsène Lupin !

 

 

Par Philemon - Publié dans : Histoire de la Découverte
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